La rue des Teinturiers à l’aube de l’histoire d’Avignon

 

Surplombant la Sorgue dont l’eau est dirigée par le canal de Vaucluse vers les remparts qu’elle traverse à la tour du Saint-Esprit ou de la Sorguette, cette rue a été, du XIVe siècle au XIXe siècle, le siège d’une intense activité manufacturière. Vingt-trois roues à aubes fournissaient l’énergie à des moulins et des filatures de soie. Ses eaux furent utilisées pour laver des indiennes et rincer les tissus par les teinturiers. Même si de nos jours, il ne reste plus que quatre roues, elle est toujours surnommée rue des Roues par les Avignonnais. Pavée de calades et ombragée de platanes, elle est devenue l’un des pôles touristiques de la cité des papes pendant le Festival d’Avignon. Elle possède de plus quatre sites remarquables : la maison du IV de Chiffre, la maison de Jean-Henri Fabre, la chapelle des Pénitents Gris et le clocher du couvent des cordeliers, ultime vestige de l’église où fut inhumée Laure, l’éternel amour de Pétrarque.

Les eaux de la Sorgue, à l’intérieur d’Avignon, permirent à partir de 1440, de travailler la soie. Plusieurs ateliers sont connus dont ceux des Catalani, des Gilardi et de Jacques Rovago qui pratiquaient filage et tissage. Cet artisanat prit une ampleur « nationale » au siècle suivant.

Dès le début du XVIe siècle, « l’art de la soie » devint la grande affaire à Avignon. Mais la cité papale, ville étrangère au royaume de France, devait payer des droits de foraine pour toutes marchandises exportées hors de ses murs. François Ier, qui appréciait cette production et qui avait emprunté 25 000 livres à la ville, donna d’abord aux Avignonnais le statut de « régnicoles », en 1535, puis les exempta de la foraine en 1544 pour le prix de sa créance. Six ans plus tard, la ville comptait 57 ateliers de soierie et de velouterie. Seule la peste de l’été 1580 put mettre un terme provisoire à cet essor.

 

Moulinage de la soie

Avignon continuant à développer son industrie de la soie arriva à une « trop grande prospérité » jugèrent alors les soyeux de Lyon. En 1715, année de la mort de Louis XIV, il y avait 1 600 métiers battants. La pression que les soyeux exercèrent au niveau du pouvoir royal fut telle qu’en 1732, le nombre de métiers chuta à 415 et deux ans plus tard, il n’en était plus dénombré que 280. À la vindicte des Lyonnais, s’était ajoutée celle des soyeux de Nîmes puis de Tours. La concurrence entre ces grands centres de la soie fut réglée par le Concordat du 11 mars 1734. Ce qui permit à Avignon de voir son industrie se maintenir avec 467 métiers en 1746, puis 550 en 1755. Puis elle put retrouver son plus haut niveau en 1786 avec 1 605 métiers battants.

rue des teinturiers Avignon

Mais, à la veille de la Révolution, des aléas climatiques s’accumulèrent. Ce fut d’abord une pénurie de cocons de vers à soie en 1787, suivie d’une récolte de blé déficitaire l’année suivante, puis d’un hiver glacial en 1788-1789. Avignon vit alors s’effondrer son industrie de la soie. Les fermetures d’ateliers, filatures et manufactures réduisirent les métiers à 473. L’activité reprit pourtant dès 1803 année où furent comptabilisés 1 000 métiers. L’apogée fut atteinte en 1830 avec 7 000 métiers recensés. Puis ce fut l’irrémédiable agonie à partir de 1848. En 1856, il ne restait plus que neuf fabriques employant 318 ouvriers et seulement deux en 1875 faisant travailler 67 personnes.

 

La confection des indiennes se développa à Marseille à partir de la fin du XVIe siècle. Cette technique fut apportée, en 1677, à Avignon par Louis David, un graveur de planche à imprimer. En 1686, fut décrétée l’interdiction de fabriquer des toiles peintes dans le royaume de France. La restitution d’Avignon au pape par Louis XIV, en 1691, donna un essor à l’industrie des indiennes de la rue du Cheval-Blanc, dite des Roues. Elle se développa jusqu’en 1734 où elle fut interdite par un concordat passé entre Louis XV et le pape.

L’intégration d’Avignon et du Comtat Venaissin rendit caduc les interdits du concordat. L’industrie des indiennes reprit le long de la Sorgue. En 1792, Dominique Amic ouvrit sa manufacture de toiles peintes. Il fut suivi par les sieurs Quinche, Breguet et Sandoz, protestants originaires de Suisse. Mais, en 1806, il ne reste qu’une manufacture en activité. Elle emploie vingt-huit ouvriers et produit de  2000 pièces imprimées par an, qui sont commercialisées dans le sud de la France, l’Espagne et l’Italie.

La mode des toiles peintes repartit la Restauration. De nouvelles manufactures s’installèrent rue des Teinturiers. Elles furent dix-huit à tourner en 1840, employant près d’un millier d’ouvriers, qui produisaient 20 000 pièces de tissus par an. Mais les contrecoups de la mode et les conséquences de la guerre d’Espagne de 1823 portèrent un coup fatal à la fabrication des toiles imprimées. En 1856, il ne reste plus à Avignon que neuf indienneurs et 300 ouvriers. Les manufactures de Foulc et de Lacombe tentèrent de résister mais furent contraintes de fermer en 1882 et 1884.

 

Utilisation de la force de l’eau

Les eaux du canal de Vaucluse, creusé dès le Xe siècle, pour alimenter les douves des premières fortifications d’Avignon, franchissent le rempart du XIVe siècle sous la tour du Saint-Esprit dite aussi tour de la Sorguette. Ce débit jugé insuffisant dès le début du XIIIe siècle fut augmenté par une dérivation faite dans les eaux de la Durance à la hauteur de la Chartreuse de Bonpas. Ce nouveau canal fut creusé en 1229 et baptisé Durançole ou canal de l’Hôpital. Le débit des eaux entrant en ville est réglé par un système de vannes.

La première exploitation mécanique de la roue à aubes fut la création de moulins « au fil de l’eau ». Leurs applications furent diverses, du moulin à grain jusqu’aux industries mécaniques.

Nombre des engrenages en bois puis en métal des moulins ont préfiguré les pièces mécaniques de machines et véhicules actuels.

Une autre extension fut la noria, combinaison de réceptacles et de pales, qui permet d’irriguer largement les abords des fleuves. En Syrie, les grandes norias de Hama peuvent mesurer jusqu’à 21 mètres de diamètre. Elles peuvent être alimentées par le courant ou par une force animale, humaine ou un moteur.

 

 

 

D.L ( historique wikipedia)

Author: la rédaction

Originaire de Manosque, ce petit fils d’herboriste et de charcutier a non seulement la main verte, mais également le goût bien prononcé. Journaliste, auteur régional et passionné par les traditions provençales, Didier a parfaitement su décrire dans « Douceurs d’autrefois » l’ambiance si chaleureuse des goûters préparés par nos grand-mères. Dans son premier ouvrage « Mémoires d’un Herboriste »-Equinoxe Editions- Didier a mis en valeur les préparations de tisanes, de cosmétiques et les senteurs à l’ancienne.

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