Gratte ciel

 

                                              

Au milieu des années 70, alors que l’apéritif battait son plein sur la place de l’Hôtel de Ville à Manosque, trois compères qui tapaient le carton tout en sirotant un verre de jaune entretenaient une conversation à propos du film de la soirée.

Gamin du quartier, il me plaisait de jouer près de la fontaine et de zigzaguer entre les tables du bistrot « Lou Cigaloun », fasciné par ces scènes de vie qui alimentent la vie d’une bourgade, je prêtais l’oreille…

 

Jeannot l’homme à la casquette, demandait d’un ton intéressé à son ami Dédé : « qu’est-ce  qu’il y a ce soir à la télé ? »

Dédé qui avait le journal à portée de bras, lui répondit aussitôt : « il y a le gendarme à Nève York avec Louis de Funès ». Le troisième larron Francis, avec un éclat de rire intempestif leur fît la leçon : « on ne dit pas Nève York mais Nou York,ça se prononce à l’américaine ! »

Complètement estomaqué par cette nouvelle manière de lire, Dédé rétorqua : « coquin de sort, comment ça se fait ? »

Jeannot aussi pris par un élan de compassion ajouta : «  beh oui, le w à l’américaine il se prononce comment ?

Francis leur expliqua que la prononciation version outre Atlantique, c’est complètement différent et se la joua un peu genre instruit : « putain, New York avec ces gratte ciels, vous en avez jamais entendu parler ? »

Les deux compères éberlués par tant de science avouèrent leur ignorance, mais à malin, malin et demi. Dédé s’empressa de trouver une expression bien de chez nous pour pimenter la conversation : «  c’est vrai à Nève York, ils ont peut-être des gratte ciels… mais ici, nous on a des gratte culs et c’est bon pour la santé ! »

Sur ces bonnes paroles, Jeannot ajouta : «  patron, tu nous mets trois pastis ; je me languis de voir le film, rien que pour voir les gratte ciels. Oh les gars,vous croyez que les américains  pourraient faire un film avec des gratte culs… »

 

 image gratte cul (127x119)

 

 

D.L. provencedoc.com

Author: la rédaction

Originaire de Manosque, ce petit fils d’herboriste et de charcutier a non seulement la main verte, mais également le goût bien prononcé. Journaliste, auteur régional et passionné par les traditions provençales, Didier a parfaitement su décrire dans « Douceurs d’autrefois » l’ambiance si chaleureuse des goûters préparés par nos grand-mères. Dans son premier ouvrage « Mémoires d’un Herboriste »-Equinoxe Editions- Didier a mis en valeur les préparations de tisanes, de cosmétiques et les senteurs à l’ancienne.

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